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 L’OIDH met en œuvre ce projet avec l’appui financier du National Endowment for Democracy (NED) et le soutien technique du National Democratic Institute (NDI). Entamé depuis le 1er juin 2020, il s’étendra sur huit (8) mois. Il vise à atténuer l’impact des fausses informations sur le processus électoral de 2020.
L’OIDH, à l’instar des précédentes phases du processus électoral, a observé le scrutin présidentiel du 31 octobre 2020. Au cours de cette quatrième phase, l’OIDH a relevé une profusion de désinformations dont dix-sept (17) cas ont fait l’objet d’une analyse de la part de l’équipe de veille. Ces cas de désinformations ont eu ou étaient susceptibles d’avoir un impact sur le processus électoral.
Les principales tendances ou variables de désinformations enregistrées font état de 41,18% de contenus manipulés (information ou une image vraie mais qui a été falsifiée dans le but de nuire ou de manipuler l’opinion), de 35,30% de contenus fabriqués (contenu totalement faux qui a été inventé ou monté de toute pièce en vue de tromper l’opinion ou de causer du tort), de 11,76% de faux contextes (Information vraie ou une image authentique utilisée dans un contexte erroné), de 5,88% de contenus parodiques (contenu faux à visé de décrédibilisation sous fond de raillerie) et 5,88% de contenus imposteurs (Contenu faux qui imite les vraies sources d’information ou se réfère à elle). Ces différentes tendances ont été observées avant, pendant et après le scrutin.


• Une veille du scrutin fortement marquée par des allégations de fraudes
La veille du scrutin présidentiel de 2020 en Côte d’Ivoire a été polarisée par une profusion de fausses informations dont les principales tendances ont été marquées par des rumeurs, des allégations de fraudes et des tentatives de dissuasion de vote. Ces intox de plus en plus virales sur les réseaux sociaux visaient en partie à entacher le bon déroulement et la crédibilité du scrutin.
Le jeudi 29 octobre 2020, un tweet contrefait attribué à l’ambassade de Côte d’Ivoire en France annonçant que les autorités françaises avaient décidé dans le cadre de l’élection présidentielle, de ne pas autoriser l’ouverture des bureaux de votes, eu égard à la situation sanitaire en France liée à la pandémie de la COVID19, a largement circulé sur les réseaux sociaux.
A la même date, suite à un tweet de M. Guillaume Soro dans lequel il a déclaré ceci : « pas de 3eme mandat en Côte d’ivoire. A tout à l’heure », une folle rumeur tendant à faire croire qu’il serait rentré en Côte d’Ivoire pour empêcher le vote et aurait été aperçu tantôt à Abidjan tantôt à Korhogo a été longuement discuté.
Par ailleurs, certaines vidéos amateurs publiées le vendredi 30 octobre, tentant à prouver que les votes auraient déjà été effectués avant même le scrutin ne permettaient pas d'établir la véracité des allégations de fraudes fortement médiatisées. Tandis que certaines montraient des bordereaux de livraison (qui ne se réfèrent pas aux documents de vote) d’autres présentaient des spécimens de bulletins de vote.

La bataille de l’opinion : Des controverses autour de la participation au scrutin
Le scrutin du 31 octobre a été selon les sensibilités politiques la voie royale à la diffusion d’un flux important d’informations. Les enjeux de cette élection perceptibles à travers le raidissement des positions ont de part et d’autre servi à la bataille de l’opinion qui a nourri plusieurs informations de mauvais aloi.
Aux premières heures du scrutin, un grand nombre d’images sur les réseaux sociaux dont certaines vantaient la mobilisation des électeurs dans des localités et bureaux de vote étaient contextuellement incorrectes. C’est le cas d’une image tendant à présenter des électeurs de la commune de Yopougon devant un collège dénommé Anador, situé à Abobo. Idem pour le centre de vote situé à Yamoussoukro « Collège ariès » dont les images ont été utilisées à la fois à Bouaké et à Man.
Par ailleurs, après la folle rumeur qui a envahi les réseaux sociaux relativement à l’arrivée de M. Guillaume Soro en Côte d’Ivoire la veille du scrutin, une fausse information diffusée a annoncé le vote de l’ex Président de l’Assemblée nationale avec en illustration une image qui date de la présidentielle 2015.
En Outre, certains supports visuels sous forme de cartographies ne comportant aucune légende ni source présentant certains indicateurs relatifs au climat électoral dans les différentes zones du pays ont été manipulés au gré des obédiences politiques. Ceux-ci étaient de nature à semer la confusion dans les esprits.
De même, le taux de participation communiqué par une correspondante du média international TV5 s’élevant à 10 % à 17h dans les bureaux de vote qu’elle aurait visité, a été récupéré par une partie de l’opposition puis étendu à l’ensemble du territoire ivoirien.
Des fausses alertes nourries, pour la plupart, de rumeurs et susceptibles de faire naître des conflits communautaires ont aussi abondé sur les réseaux sociaux. C’est le cas du prétendu incendie de la cour royale de Sakassou par les « jeunes du RDR ».

• Des tensions et des fake news autour des membres de l’opposition
Aux lendemains du scrutin, une série d’allégations, d’arrestations, de traitements inhumains et dégradants ainsi que d’assassinat de leaders de l’opposition a alimenté les réseaux sociaux.
Le spectre va de l’annonce d’une prétendue arrestation de M. Henri Konan Bédié et son transfèrement à Korhogo, le 3 novembre 2020 à une rumeur annonçant le décès du président du FPI Pascal Affi N’Guessan, le 8 novembre 2020. Dans l’intervalle, la formation d’un gouvernement de transition supposé réunir des personnalités du RHDP, de l’opposition et de la société civile a été contrebalancée par la dislocation du CNT suivant le retrait des Sieurs Mamadou Koulibaly, Mabri Toikeusse.

 

Analyse
Devant la bipolarisation de l’espace politique consacré par le « bloc anti 3ème mandat » vs « les pro Ouattara », la bataille de l’opinion engagée à coup de communication par les acteurs politiques ivoiriens a laissé percevoir des manipulations délibérées d’informations qui auront finalement eu raison de ce rendez-vous crucial pour la démocratie que constituent les élections. Déjà assez peu consensuel au regard des contestations dont il a fait l’objet, le scrutin présidentiel a souffert d’un manque de confiance criard entre les populations et les institutions nourri d’allégations de fraude et autres rumeurs qui en ont entaché la crédibilité. Au fond, c’est une mise en crise de la démocratie ivoirienne qui se dessine si rien n’est fait pour atténuer, du mieux que possible, la déferlante de désinformations en ligne susceptible de polluer le débat public et biaiser le choix éclairé des électeurs.
Les tendances de désinformation observées sur les réseaux sociaux semblent être aussi le levain qui fait monter la pâte de la violence accentuant ainsi le délitement de la cohésion sociale constaté depuis le début du processus électoral. La profusion de rhétoriques belliqueuses, de discours de haine, d’incitation à la violence et au meurtre aménage un terreau fertile à la manifestation de conflits communautaires sur fond de frustrations et stigmates du passé qui ont trouvé dans le présent processus électoral l’occasion d’une résurgence. La nécessité et l’urgence d’un dialogue franc entre les acteurs politiques se posent donc avec acuité afin de sortir le pays de l’impasse qu’il a déjà vécu et dont les souvenirs restent encore véhéments dans les esprits.

RECOMMANDATIONS
Pour atténuer les impacts de la désinformation au cours des processus électoraux à venir, l’OIDH fait les recommandations dont la teneur suit :
AU GOUVERNEMENT IVOIRIEN :
∙ Maintenir le dialogue politique avec l’ensemble des parties prenantes au processus électoral afin de lever les écueils et défis liés à ce processus ;
∙ Garantir un accès équitable des médias publics à l’ensemble des sensibilités politiques du pays ;

AUX ACTEURS POLITIQUES :
∙ S’abstenir des discours et actes susceptibles de fragiliser la cohésion sociale ou détériorer le climat socio-politique ;
∙ Prendre des mesures nécessaires pour éviter la propagation ou la diffusion de fausses informations par des pages ou comptes relevant de leur responsabilité ;
∙ Sensibiliser et former leurs militants et abonnés (followers) sur les bonnes pratiques démocratiques ;

AUX ADMINISTRATEURS DES PLATEFORMES OU FORA DE DISCUSSION A CARACTERE POLITIQUE ET DES PAGES DE PROXIMITE :
∙ Elaborer une charte commune incluant des sanctions contre les membres de leur fora qui publient des discours haineux, xénophobes, sexistes ou les fausses informations de nature à troubler l’ordre public ;
∙ Veiller scrupuleusement à une modération rigoureuse des contenus publiés sur les fora de discussion à l’effet d’identifier et de censurer les publications incitant à la violence, à la haine, à la xénophobie ou de nature à troubler l’ordre public ;

AUX ACTEURS DES MÉDIAS PUBLICS ET DES SITES D’INFORMATION EN LIGNE
∙ Couvrir l’actualité socio-politique et électorale en observant scrupuleusement les principes, les règles déontologiques et éthiques régissant la fonction journalistique ;
∙ Créer des laboratoires de Fact Checking au sein des rédactions

AUX ACTEURS DE LA SOCIÉTÉ CIVILE
∙ Promouvoir l’éducation aux médias et à l’information ;
∙ Créer une synergie d’action entre les acteurs de la Société civile travaillant sur la thématique de la désinformation.
∙ Sensibiliser les populations sur les dispositions légales réprimant la diffusion de fausses nouvelles.

 

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