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L’accusé a été condamné le jeudi 15 avril 2021 à la prison à perpétuité assortie d’une amende de près de 2 milliards de francs Cfa, après huit jours d...

 Ce mercredi 31 Mars 2021, s’est tenue la troisième audience du procès M. Amadé Ouédraogo Rémi dit Amadé Ouremi devant le tribunal criminel d’Abidjan Plateau.

Débutée à 14h15 mn, l’audience a pris fin à 17h45 mn. Cette audience a vu se succéder à la barre, sur les 14 témoins présents ce jour, 6 témoins composés essentiellement de victimes et parents de victimes. Assistés d'un conseil, ces témoins victimes ont été auditionnés uniquement par le juge président Charles Bini.

De manière générale, il ressort des différents témoignages que l’accusé était parfaitement connu des témoins et des villageois comme étant un mécanicien. Il a par la suite gagné en notoriété en s’illustrant négativement par l’occupation de la forêt classée du Mont Peko, et par les exactions qu’il aurait commises sur les populations à l’aide de sa troupe.

Certains témoignages plus poignants se sont démarqués les uns des autres en raison de leurs caractères choquants et particulièrement graves.

C’est le cas de celui de Mme Gbohouo Célestine qui a révélé que son mari aurait été abattu à bout portant par des personnes vêtues comme des dozos et chaussées de « lèkè » alors qu'ils fuyaient se réfugier à la mission catholique.  Ces derniers avant de lui porter le coup fatal auraient tenu les propos suivants : « Guéré c’est Guéré, on va tous vous tuer, m’bé nan faga ». 

A sa suite, le témoin Zohé Anicet Donatien a affirmé avoir été obligé de se travestir afin de pouvoir échapper aux rebelles. Malheureusement, il a été attrapé, dévêtu puis amené à rejoindre une file d’autres hommes capturés, attendant d’être mis à mort. Lors des tirs en rafale, il a de nouveau tenté de fuir et a été grièvement touché à l’épaule droite. Il s’est ensuite traîné jusqu’au « mur de protection » que les rebelles avaient formé à partir des cadavres de leurs victimes. Il a eu la vie sauve en se cachant dans un amas de corps. Ce dernier a toutefois perdu l’usage de son bras. Afin de prouver la véracité de ses propos, le témoin a retiré sa chemise et montré aux personnes présentes dans la salle d’audience, la trace de la blessure causée par un coup de fusil à l’occasion des faits. Il a conclu son témoignage en soulignant qu’aucune personne de sexe masculin, et cela quel que soit leur âge, ne devrait avoir la vie sauve. De fait, même des enfants mâles de 3 mois, des adolescents et des vieillards ont été exécutés.

Après une pause de 5 minutes, le juge a permis à Amadé Ouédraogo Remi plus connu sous le nom de Amadé Ourémi de s’expliquer sur les différents témoignages entendus.

Ce dernier a d’abord affirmé que les victimes ne disaient pas la vérité. Il a cependant notifié aux juges la présence de deux factions sur les lieux des exactions. C’étaient d’une part, les miliciens et les libériens et d’autre part, les rebelles dont il faisait partie. Le juge a ensuite procédé à une série de questions qui ont abouti à celle-ci : « As-tu participé aux massacres des populations du quartier carrefour de Duékoué dont tu disais avoir la charge d’assurer la protection ? », ce à quoi il a répondu « tout le monde a fait mauvais ». (Bourdonnement dans la salle d’audience).

Le dernier témoignage de la soirée devait être celui de Dame Dorcas. Celle-ci bénéficiant du soutien de son avocate a réclamé au juge un huis clos, au regard du caractère sensible et intime des faits qu’elle devait relater. Faisant droit à sa demande, le juge a ordonné au commissaire de faire vider la salle. C’est sur ces mots que la séance a pris fin et a été renvoyée au Jeudi 01 avril 2021 à 13h.

L’OIDH félicite le juge qui, suite à la difficulté linguistique constatée au cours des échanges entre les témoins et lui, a ordonné au Procureur, conformément à l’article 332 du Code de procédure pénale, de prendre les dispositions nécessaires afin qu’un interprète du groupe ethnique Wê leur soit attribué pour les audiences à venir. 

Toutefois, l’OIDH a constaté que les témoins ne bénéficiaient d'aucune mesure de protection non seulement face à l’accusé mais aussi relativement à leurs dépositions.  L’OIDH invite par conséquent le Ministère de la justice à revoir les dispositions des parties au procès dans la salle d’audience et à envisager des textes de loi similaires à l’article 87 P1 du Code de règlement de procédure et de preuves de la Cour Pénale Internationale afin d’assurer la protection des témoins après leurs dépositions.

 

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