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 Mesdames et Messieurs, chers amis de la presse nationale et internationale.

Ainsi qu’il est désormais de coutume dans notre pays, le cycle électoral 2020 / 2021 aura été ponctué de violences, d’actes de vandalisme et autres formes d’incivisme. Quoique les récentes élections législatives se soient globalement déroulées sans heurts majeurs et ceci est à saluer, les présidentielles d’octobre 2020 ont donné lieu à d’inquiétantes violations ou atteintes aux Droits Humains qui semblent non encore intégralement élucidées, documentées et adressées ou encore qui sont passées sous silence.
Dans la perspective de contribuer à la lutte contre l’impunité, l’OIDH exécute depuis décembre 2020 grâce à l’appui financier de son partenaire OSIWA (Open Society Initiative for West Africa) le projet de monitoring des violations des Droits Humains lors des processus électoraux en Côte d’Ivoire.
L'objectif de ce projet n’est ni subversif, ni partisan, encore de remuer le couteau dans la plaie. Il est plutôt question de revenir et d’élucider des faits constitutifs de violation grave des droits de l’homme, mais qui n’ont pas été suffisamment relayés ou qui ont été tout simplement passés sous silence, alors qu’il y a eu plusieurs centaines de victimes dont certaines n’ont toujours pas eu de recours. Qui plus est, la culture de l’impunité continue hélas à gagner du terrain, toujours au grand désarroi des victimes.


Il est inconcevable de continuer à se préoccuper de la question des victimes des crises passées si l’on ne fait rien pour arrêter le cycle de‘’fabrication’’ d’autres victimes, et surtout si l’on ne s’en occupe pas suffisamment. L’OIDH s’est attardée sur les faits, rien que les faits et sur le ressenti des communautés, des victimes et bien sûr des autorités publiques des localités visitées.
En attendant la publication du rapport général de monitoring, prévu pour la fin Juin 2021, le présent point presse vise donc la présentation des premiers résultats des investigations entreprises dans le cadre de la mise en œuvre dudit projet, déjà pour tirer la sonnette d’alarme et demander des actions urgentes sur l’ampleur des faits et sur le sort de plusieurs victimes laissées à elle-même. De même, il faut que la nation entière et la communauté internationale sachent qu’il existe des conflits larvés entre communautés et qu’il faut adresser bien avant d’autres débordements.
Le présent point presse s’articulera autour des résultats partiels des investigations sur les violations ou atteintes des Droits Humains lors des présidentielles d’octobre 2020 (I) et des leçons apprises (II).
Il est encore à préciser que le rapport final de ce projet d’enquête, qui sera davantage détaillé et avec des données, sera publié en juin 2021. Le présent point presse vise à tirer la sonnette d’alarme et à indiquer que l’OIDH se réserve le droit de se porter partie civile devant les juridictions ivoiriennes pour le compte de toutes ces victimes oubliées, sans considération de leur éventuelle origine ou penchant politique.
I- Résultats partiels des investigations sur les violations ou atteintes des Droits Humains lors des présidentielles d’octobre 2020
Depuis février 2021, des équipes d’enquêteurs de l’OIDH sont sur les traces des violences électorales des présidentielles d’octobre 2020. Ainsi les localités de Dabou (Débrimou, Kpass, Agnéby), Bonoua, Samo, Daoukro, Bongouanou, (Broukro, Assafoué, Akakro, Kangandi) M’batto, Assié Akpessé, Koffikro, Duékoué, Guézon, Téhiri, Divo, Sakassou, Tiebissou, Yamoussoukro (Bonzi, Zatta), Toumodi (Toumodikro, Dioulabougou et Ablikro), Sikensi (Elibou et Goumon) ont été visitées. Les enquêteurs ont pu s’entretenir avec les victimes, les parents des victimes, des témoins et les autorités locales.
Il ressort des informations recueillies que les moyens utilisés allaient des armes blanches aux Armes Légères et de Petits Calibres (kalachnikovs, fusils de chasse et fusil de calibre 12 ou à canon scié) avec une préoccupante accentuation du niveau de gravité des violences et une banalisation du crime.
Dans certaines localités, des jeunes gens vêtus de treillis et chaussés de « lèkè » agissant telle une force parallèle, convoyés par des véhicules de transport en commun dénommés "gbaka" ont pris une part active aux combats et contribué fortement à décupler les violences. Cette force ou milice serait à la solde de certaines personnalités politiques. Elle a combattu dans la majorité des villes, plus particulièrement à Bonoua, Divo, Sakassou, Toumodi et Ablykro, en prenant tantôt l’appellation de microbes, tantôt de « brigade rouge » selon les communautés enquêtées. Est également revenue de manière récurrente la participation des « dozos » aux affrontements.
Dans bien de localités enquêtés le bilan enregistré est au-delà des chiffres officiels annoncés par le gouvernement. À Divo par exemple, les enquêtes ont révélé une trentaine de morts là où les chiffres officiels ont fait mention de 8 morts. Il en est de même à Toumodi ou les investigations ont établi 7 morts au lieu de 4 comme annoncés par les chiffres officiels.
La typologie des violations ou atteintes fait état d’assassinats, de meurtres, de coups et blessures volontaires, de disparitions, d’enlèvements, d’arrestations arbitraires, de destructions massives de biens, etc. En sommes, ces actes de violences, dans certaines localités, semblent avoir été savamment planifiés et orchestrés de sorte à viser des communautés données.
Les communautés enquêtées ont unanimement reconnu les polémiques autour de l’interprétation de la Constitution relativement au nouveau mandat du Président Alassane Ouattara, l’appel à la désobéissance civile, la création du Conseil National de Transition et l’arrestation des leaders politiques qui s’en est suivie, comme les causes immédiates des éruptions de violences. Elles n’ont cependant pas manqué de souligner qu’en vérité, les élections ne sont qu’un exutoire de tensions latentes entre les communautés, exacerbées par les politiques à des fins électoralistes.
II- Leçons apprises
Après les auditions des populations locales, il apparaît que le délitement du tissu social repose beaucoup plus sur des causes structurelles qui touchent aux questions liées au foncier rural, à l’identité nationale et à la pauvreté grandissante, due à la mauvaise redistribution des ressources. S’y ajoutent la reconnaissance et l’indemnisation partielle et partiale des victimes des crises antérieures, la crise des valeurs, ainsi que l’affaiblissement des institutions.
Une autre des raisons évoquées est relative à la circulation persistante des armes malgré l’opération de Désarmement, Démobilisation et Réinsertion (DDR). Dans cette optique, le nom de la confrérie Dozo est largement ressorti comme une force parallèle qui continue de faire le maintien de l’ordre et la police judiciaire dans certaines localités en temps de conflits.
En marge de ces causes structurelles, la propagation des rumeurs et des fausses nouvelles colportées de bouche à oreille ou via les médias sociaux par un tiers manipulateur a contribué à opposer les communautés les unes aux autres de sorte à exacerber les tensions.
Près de 08 mois après ces événements malheureux, l’impact sur les populations demeure flagrant et perceptible à travers la méfiance entre les communautés locales. La psychose généralisée et la crise de confiance entre populations, autorités et institutions de la République. En filigrane des échanges avec les communautés, affleurent une volonté de vengeance nourrie de part et d’autre et l’érosion de l’unité nationale en raison d’une certaine conception du « chez-nous » qui entretient le rejet de l’autre.
Pour ce qui est de la lutte contre l’impunité, l’OIDH se réjouit des enquêtes en cours qui ont abouti à des interpellations, notamment à Daoukro où 05 personnes ont été mises aux arrêts et Bonzi, village situé sur l’axe 3, non loin de Yamoussoukro où 10 personnes sont en ce moment détenues préventivement à la Maison d’Arrêt et de Correction d’Abidjan.
Toutefois, il a été constaté que les prises en charge des victimes ont été superficielles, insignifiantes ou quasi inexistantes. Dans certaines localités, quelques victimes ont bénéficié d'une prise en charge dans les premières heures des conflits de la part des autorités municipales. Il n'y a pas eu de soins soutenus et continus. Il s’en est suivi un sentiment d’abandon, de déception et de colère susceptible d’alimenter d’éventuelles violences.
Recommandations :
Pour l’OIDH, il est impérieux de privilégier les solutions durables afin de rompre la spirale de violences, d’atteintes et ou de violations des droits humains ; d’où les recommandations suivantes :
● Aux autorités étatiques :
- Faire la lumière et documenter toutes les atteintes et ou violations des droits humains liées au cycle électoral, sans exclusive ;
- Appliquer en toute impartialité la rigueur de la loi aux auteurs et commanditaires des violences électorales, de discours à relents tribalistes et aux colporteurs de fausses informations;
- Procéder à la prise en charge des victimes et à l’adoption du projet de loi portant statut des victimes des différentes crises ;
- Veiller à la mise en œuvre effective des mécanismes de gestion des diversités communautaires ;
- Accentuer la politique nationale de réconciliation nationale sur la prévention et la gestion des conflits communautaires
● Aux acteurs politiques :
- Éviter les discours à relent tribaliste ;
- Privilégier le consensus et le compromis ;
- Renforcer les capacités de leurs militants sur les valeurs citoyennes et démocratiques.
L’OIDH poursuit ses investigations et actions de plaidoyer afin de contribuer efficacement à la lutte contre l’impunité. Le rapport final qui sera publié situera davantage l’opinion nationale et internationale.

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